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ALGERIE-UA-SOMMET
Allocution du Président BOUTEFLIKA sur la crise
alimentaire
Le Président de la République, M. Abdelaziz BOUTEFLIKA, a prononcé
lundi à Charm El-Cheikh (Egypte) une allocution devant la 11e conférence
des Chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union Africaine traitant du point
sur "la crise alimentaire". En voici le texte intégral :
"Monsieur le Président,
La combinaison de la sécheresse, la déforestation et la désertification
à laquelle viennent s’ajouter les calamités naturelles fait du continent
africain la partie du monde la plus vulnérable aux changements climatiques
et à leurs conséquences dévastatrices qui font craindre, d’ores et
déjà, une perte pour l’Afrique d’au moins 30% de sa récolte dans les
prochaines années.
Conjuguées aux problèmes posés par l’absence de maîtrise de l’eau et
le manque d’infrastructures de stockage et de transport, qui sont à la
fois un obstacle à la modernisation du secteur agricole et une résultante
de ses faiblesses, les répercussions de ces phénomènes sur
l’agriculture en Afrique pèsent de plus en plus sévèrement sur le vécu
de nos pays et de nos populations.
Plus qu’aucune autre région, l’Afrique subit de plein fouet les effets
de la crise alimentaire mondiale. La facture alimentaire des pays africains
se trouve particulièrement alourdie, grevant par là même leurs budgets et
nourrissant les germes de l’instabilité.
Les efforts qui sont déployés par l’Afrique pour assurer sa propre
sécurité alimentaire risquent d’être sérieusement compromis d’autant
plus que la population Africaine aura doublé d’ici à 2050 et que, du
fait même de l’augmentation des besoins alimentaires, la crise
alimentaire actuelle risque de prendre une dimension particulièrement
alarmante.
Monsieur le Président,
Au moment où la lutte contre la pauvreté est devenue le nouveau credo des
organisations et institutions spécialisées internationales, l’Afrique et
la communauté internationale n’ont d’autre alternative que d’opter
pour une coopération véritablement solidaire et porteuse d’une dynamique
de développement seule à même d’éviter un approfondissement de la
polarisation actuelle dont la crise alimentaire est, précisément, l’un
des effets les plus immédiats.
Il serait naturellement vain, dans la perspective d’éviter les
débordements et instabilités que la faim et la famine peuvent engendrer,
de s’en tenir à la seule indignation ou se satisfaire de simples
palliatifs.
Monsieur le Président,
Pour faire face à la crise alimentaire actuelle, la communauté
internationale devra lancer un véritable plan d’action mondial, qui doit
promouvoir les bases de politiques efficientes visant l’objectif de
réduire de moitié d’ici à 2015 le nombre de personnes sous-alimentées
et de la mise en place des moyens adéquats à l’effet d’assurer un
doublement de la production alimentaire mondiale d’ici à 2050, comme le
stipule encore récemment la déclaration qui a sanctionné les travaux du
Sommet international pour l’alimentation.
Face à cette situation, il nous appartient d’ouvrer au plan interne à
développer des politiques nationales en mesure de doter nos pays de marges
d’action pour faire face aux retournements de conjoncture sur lesquelles
nous n’avons encore aucune réelle emprise et préserver la santé et la
dignité de nos populations.
Il sera aussi indispensable de procéder à la modernisation de nos
agricultures et à l’amélioration des performances de ce secteur, en
accordant la priorité à une meilleure gestion des ressources hydriques
ainsi qu’à une exploitation plus substantielle des ressources
halieutiques.
C’est le moment de mettre en ouvre les mesures et les projets que nous
avons déjà identifiés pour assurer une véritable relance de notre
agriculture.
Je pense notamment aux décisions adoptées lors du Sommet d’Abuja de 2006
consacré aux fertilisants ou au programme détaillé pour le développement
de l’agriculture Africaine (CAADP), inscrit au titre du programme NEPAD et
qui vise à réaliser un taux de croissance annuel d’au moins 6 % de la
production agricole d’ici à 2015.
Nos partenaires au développement doivent apporter leur concours pour nous
aider à relever ces défis qui, manifestement, dépassent nos moyens. De ce
point de vue, une coopération internationale rénovée et renforcée
pourrait assurer une prise en charge adéquate et orientée de nos
préoccupations de développement, favoriser un développement durable de
nos économies et, partant, assurer la sécurité alimentaire de nos
populations.
Avec ces partenaires, nous pourrons résister à la logique débridée des
marchés ainsi qu’aux politiques de subventions agricoles ou au recours
massif et inconsidéré aux biocarburants.
Il est à espérer que les divergences et les difficultés, qui ont pu
naître lors de la Conférence internationale sur la sécurité alimentaire
mondiale, organisée dernièrement par la FAO, aideront à réorienter les
débats et à développer des approches novatrices et consensuelles
susceptibles d’une réelle prise en charge de ce phénomène".
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