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ALGERIE-POLITIQUE-DIPLOMATIE
Déclaration
liminaire de M. Mourad MEDELCI, Ministre des Affaires Etrangères devant les
chefs des missions diplomatiques et les représentants des organisations
internationales accréditées à Alger El Mithaq, 24 avril 2011
Excellences,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Représentants des Organisations
Internationales,
Mesdames et messieurs,
Je voudrais, tout d'abord vous souhaiter la bienvenue et vous exprimer mes
sincères remerciements pour avoir été si nombreux à avoir répondu à
notre invitation.
J'ai pris l'initiative de vous convier, aujourd'hui, à la présente
rencontre pour poursuivre directement avec vous, dans un esprit de
partenariat et de dialogue, les échanges que nous menons traditionnellement
dans le cadre des relations bilatérales à divers niveaux et à chaque
opportunité qui nous est offerte.
Cette fois-ci, l'expression de cette tradition d'échanges prend une
signification particulière en raison de la nature cruciale de son impact
sur la poursuite des grandes réformes menées par l'Algérie sur les plans
institutionnel, politique, social et économique, ainsi que sur la lecture
que nous faisons des évènements que traverse notre région et notre
voisinage.
Les éclairages officiels que j'apporterais vous permettront d'apprécier
les véritables objectifs et enjeux d'un programme ambitieux de changements
institutionnels de portée historique et de situer, à leurs justes mesure
et dimension, les dernières décisions annoncées par M. le Président de
la République Les différents plans de développement, aussi bien périodiques
que sectoriels, conduits depuis une décennie ont impulsé des avancées
sans précédent sur le niveau et la qualité de vie des Algériens. Ainsi,
les rapports des Nations Unies sur la réalisation des Objectifs du Millénaire
et ceux du PNUD sur le développement humain sont les indicateurs les plus
éloquents de ces évolutions positives. Sur 169 pays, l'Indice de Développement
humain classe l'Algérie à la 9ème position dans la tranche des pays les
plus performants, ayant progressé en termes d'indices de développement
humain, au cours des dernières années. L'Algérie a déjà atteint trois
des huit Objectifs du Millénaire pour le Développement, relatifs à la réduction
de l'extrême pauvreté et de la faim, à l'éducation primaire pour tous et
à la lutte contre le VIH/SIDA, le paludisme et autres maladies, en
attendant, dans quelques mois, les objectifs prescrits en matière de réduction
de la mortalité infantile, ainsi que d'amélioration de la santé
maternelle.
Comme vous le savez déjà, M. le Président de la République, après la
levée officielle, en février dernier de l'état d'urgence, a annoncé
solennellement, dans son message à la nation du 15 avril 2011, le lancement
d'un vaste projet de profondes réformes socio-économiques et politiques
qui auront des retombées éminemment positives sur l'état des libertés,
la qualité de la vie, le marché de l'emploi et, d'une manière générale,
sur le développement économique, social et culturel.
Cette véritable feuille de route s'insère, indubitablement, dans la
dynamique des multiples réformes menées par l'Algérie, au cours de la précédente
décennie et répond, assurément, aux attentes nombreuses et légitimes du
peuple algérien, notamment la jeunesse, et qui sont traduites dans la
pluralité et la diversité des opinions librement exprimées.
Elle intervient à un moment propice pour consolider les avancées
qualitatives enregistrées et procède d'un processus de réformes endogènes
rendues nécessaires après la sécurisation du pays et la réalisation des
grands projets infrastructurels et d'équipements socio -économiques
porteurs de justice sociale et de solidarité nationale.
La philosophie de ce grand dessein et de cet ambitieux défi vers une Algérie
moderne, pluraliste, compétitive et ouverte tire sa substance de notre
conviction que tout processus touchant d'aussi près aux questions cruciales
de l'organisation des institutions, des équilibres des pouvoirs, des
valeurs sociétales, des libertés et des besoins économiques et sociaux de
tout un peuple et puise sa pertinence et sa légitimité dans la volonté de
répondre aux attentes des citoyens.
Cette proximité s'exprime d'abord dans les rapports quotidiens avec
l'administration centrale et locale et sa vocation naturelle d'améliorer
les services publics. L'amélioration du fonctionnement du service public et
l'objectif de rapprochement de l'administré feront l'objet d'une réforme
qui sera menée à partir de l'échelon local, par l'implication des
citoyens, des élus locaux et du mouvement associatif, à travers une démarche
participative et ouverte à tous ces acteurs.
Ce besoin de plus grande efficacité de l'administration ressenti et exprimé
par le citoyen, l'est également par les opérateurs économiques. Le
message de M. Le Président de la République a situé l'entreprise économique
au cœur du processus de relance, comme moteur du développement et
principale source génératrice de richesses. La réforme de l'économie est
consubstantielle de celle de l'administration pour davantage de capacités
de management et de compétitivité. Cette réforme, adossée à un
programme d'investissements ouvert à tous les opérateurs, qu'ils soient
publics ou privés, nationaux ou étrangers, vise, surtout, à libérer les
initiatives par l'assainissement et l'amélioration décisive du climat des
affaires et des investissements.
Au plan politique et institutionnel, l'approfondissement du processus démocratique
et le renforcement de l'Etat de droit seront portés par une démarche
inclusive impliquant l'adhésion de toutes les forces politiques et sociales
tant dans sa conception que dans sa conduite, et ce, pour imprimer le sceau
de la légitimité incontestable aux instances élues et comme expression
institutionnelle de la vocation et de la dimension démocratique de l'Etat.
Dans cette perspective, la mise en conformité de notre arsenal juridique
avec les standards les plus élevés en matière d'exercice démocratique et
de libre choix des citoyens sera mené par les instances parlementaires et
consultatives, dans un cadre pluraliste, dans la logique des débats
contradictoires féconds et du plein exercice de la démocratie.
C'est ainsi que des amendements constitutionnels et législatifs seront
initiés pour garantir le plein exercice du droit électoral par le citoyen
dans des conditions entourées des meilleures garanties de démocratie et de
transparence et afin de lui permettre de choisir, en toute sérénité et équité,
ses candidats les plus représentatifs de ses droits et ses intérêts.
Notre système électoral sera hissé aux normes les plus modernes des démocraties
représentatives, pour une expression citoyenne pleinement réaffirmée dans
la Constitution. Tous les partis politiques, sans exclusive, seront
largement consultés dans la perspective de l'élaboration d'un nouveau système
électoral performant, le plus consensuel possible.
Cette nouvelle loi, une fois adoptée, sera renforcée par les mesures
appropriées et efficientes susceptibles de garantir une totale transparence
et une régularité sans faille des scrutins y compris à travers la
supervision par des observateurs internationaux, en concertation avec tous
les partis agréés.
Cette volonté de transparence sera accompagnée par la révision de la loi
relative aux partis politiques pour une contribution plus efficace au
processus de ce renouveau démocratique et à l'élargissement du paysage
politique. L'implication de toutes les franges de la population sera renforcée
par la promulgation de la loi organique relative à la représentation des
femmes au sein des assemblées élues pour leur permettre, à travers un
système de quotas, de participer aux prochaines échéances électorales et
de leur permettre une contribution substantielle à la gestion des affaires
de l'Etat. Cette mesure, déjà intégrée dans un amendement
constitutionnel, viendra compléter la législation récente qui a permis à
l'Algérie de se conformer à toutes les conventions internationales en la
matière et qui a éliminé toutes les formes de discrimination à l'égard
des femmes, par l'adoption, en 2006, d'un nouveau code de la nationalité et
d'un nouveau code de la famille.
Le caractère de proximité de notre démocratie participative sera
approfondi, également, par l'élargissement des pouvoirs des élus locaux
et des assemblées locales, aux niveaux des communes et des wilayas, pour
une meilleure prise en charge des citoyens de leurs propres affaires. Le rôle
du mouvement associatif sera réhabilité, renforcé et soutenu pour assumer
pleinement et efficacement sa mission de médiation et d'intermédiation
entre les citoyens et les pouvoirs publics. Les associations seront
davantage encouragées à structurer et à animer les éléments de la société,
en fonction de leurs intérêts, de leurs vocations respectives pour
renforcer la citoyenneté et les capacités nationales et enrichir et
renouveler la classe politique.
Ce saut qualitatif institutionnel dédié essentiellement au renforcement de
la démocratie, à l'ancrage de l'Etat de droit et à l'épanouissement de
la libre expression des choix du peuple sera couronné par la révision de
la constitution, cette ambition profonde, ayant à maintes reprises été réitérée
par M. le président de la République. Ce processus de révision sera mené
par une commission à composante pluraliste impliquant tous les partis
politiques et des experts de haut niveau en droit constitutionnel.
Certes, l'ensemble de ces réformes ne sauraient atteindre leurs objectifs
sans le plein usage des espaces libres des débats contradictoires et démocratiques.
A cet égard, l'ouverture des médias lourds aux différents courants de
pensée politique est inscrite comme une grande priorité pour permettre la
libre expression des opinions dans le respect des règles d'éthique qui régissent
les échanges démocratiques. Cette ouverture sera enrichie, après la mise
en réseau des chaines «Lamazight » et «coran », par la création de
nouvelles chaînes de télévision thématiques pour répondre aux besoins
du citoyen algérien à la culture et au savoir.
A cet effet, la loi sur l'information qui sera enrichie par les
contributions des acteurs de la communication et de consultations
pertinentes préalables, sera révisée et complétée par l'introduction de
repères d'une charte déontologique et la dépénalisation des délits de
presse. Cette dernière initiative, prise par le Président, fait l'objet
actuellement d'un texte de projet de loi, en cours de finalisation au niveau
du Gouvernement.
Certes, cette synergie des changements se nourrit, au quotidien, dans une
dynamique devenue irréversible qui est celle de veiller à la consolidation
des acquis en matière de droits de l'homme, à leur élévation et à leur
ancrage définitif par la diffusion permanente de la culture des droits de
l'homme parmi les citoyens et au sein des différentes institutions de
l'Etat. Notre pleine collaboration avec le Conseil des Droits de l'Homme des
Nations Unies et avec la Commission Africaine des Droits de l'Homme et des
Peuples témoigne de notre sincérité et de notre entière disponibilité
à être accompagnés dans cette œuvre de portée civilisationnelle. Ainsi,
depuis novembre 2010 à juillet 200 Il, l'Algérie aura accueilli trois des
sept rapporteurs spéciaux qu'elle a invités. Elle examinera avec toute
l'attention nécessaire et prendra en considération toutes les
recommandations que ces experts des Nations unies nous auront suggérées en
vue d'atteindre les standards universels dans le domaine des droits de
l'Homme.
Excellences, Mesdames et Messieurs
L'évolution politique et sociale, notamment, dans le monde arabe est Suivie
avec beaucoup d'attention. Les aspirations légitimes pour les réformes et
les besoins de changements exprimés par les populations traduisent des
mutations profondes dans la société et préfigurent des évolutions
institutionnelles conformes aux normes de la démocratie et de la bonne
gouvernance.
La prise en charge politique de la volonté populaire et les réponses
appropriées apportées pour accompagner le changement créeront une
nouvelle dynamique sociale qui renforcera la cohésion et engagera les pays
concernés dans une ère nouvelle de concorde et de développement.
Nous avons eu l'occasion de déclarer, très tôt, que l'Algérie qui prête
une attention particulière aux douloureux évènements qui affectent les
peuples de sa région d'appartenance, souhaite l'instauration d'une
transition pacifique par la voie du dialogue national pour transcender les
épreuves du moment et sans effusion de sang.
L'Algérie a pris acte de la volonté populaire exprimée çà et là. Elle
n'a pas vocation à porter de jugement ni à s'immiscer dans les affaires
internes des pays proches ou lointains, qu'ils soient en Méditerranée, en
Afrique au Machrek, ou dans d'autres régions du monde. Il s'agit, là,
d'une constante bien ancrée de la politique étrangère de l'Algérie que
j'ai le loisir de rappeler. L'Algérie a, néanmoins, salué l'esprit
d'engagement et encouragé les différentes parties à trouver le consensus
autour de plateformes politiques qui garantissent la sécurité et la
stabilité et dynamisent le développement économique et social.
La position de l'Algérie procède d'une doctrine érigée au rang •de
sacerdoce lorsqu'il s'agit de relations entre Etats. Les principes
fondateurs de l'action extérieure de l'Algérie, réitérés à chaque
occasion, ne sont pas variables, ni sujet à modifications en fonction des
circonstances et des lectures conjoncturelles des événements. Le Président
de la République l'a, ainsi, souligné dans son message du 15 avril. Je le
cite: « L'Algérie réaffirme son attachement à la souveraineté des pays
frères et à leur unité, son rejet de toute ingérence étrangère et son
respect de la décision de chaque peuple découlant de sa souveraineté
nationale », Fin de citation.
C'est l'occasion ici, devant le corps diplomatique accrédité en Algérie
et les représentants des institutions internationales, de réitérer la
pertinence de ce corps de principes auquel nous demeurons intimement attachés,
depuis le Congrès de la Soummam, et qui, parfois, fait l'objet d'incompréhensions
des uns et d'interrogations des autres. L'intégrité territoriale d'un
pays, l'unité de son peuple et son droit légitime à s'autodéterminer et
à se gouverner, selon ses propres normes, constituent le socle de notre
engagement, en tant qu'Etat membre de la communauté internationale, et la
feuille de route permanente de notre diplomatie. Au long de votre séjour,
vous êtes les témoins vivants du respect par notre peuple et de
l'application pérenne de ces principes.
C'était le cas, hier, pour la Tunisie et l'Egypte, voire, la Cote d'Ivoire,
et c'est le cas, aujourd'hui, pour la Libye et d'autres pays du Machrek. Dès
le début des événements nous en avons appelé au règlement de la crise
par des voies pacifiques, et à cesser les hostilités et l'effusion de
sang. Nous avons invité les uns et les autres à faire preuve de
responsabilité et de faire valoir l'intérêt national en tenant compte des
aspirations légitimes des peuples pour le changement démocratique.
L'Algérie a, du reste, salué l'avènement d'une nouvelle ère en Tunisie
et en Egypte. Elle respecte le choix qui a été celui des peuples
souverains et s'engage à renforcer davantage ses relations avec ces deux
pays frères. L'Algérie est convaincue qu'en Libye, seuls l'arrêt de
l'effusion de sang et des hostilités permettront aux belligérants
d'engager des négociations pour une issue politique à la crise,
d'ailleurs, préconisée par l'Union Africaine et qui prend des proportions
inquiétantes. La solution sera celle qu'adopteront les Libyens, eux-¬mêmes,
sans ingérence aucune, ni parti pris. C'est également, notre conviction
qu'il s'agit, aussi, de l'opinion de la majorité de la communauté
internationale.
La volonté de changement exprimée par le peuple libyen a été soutenue et
accompagnée par la communauté internationale. La souveraineté populaire
est le fondement de tout modèle de gouvernance et le peuple libyen qui
entend se doter de nouvelles institutions devra être aidé à réaliser cet
objectif en privilégiant la solution politique à l'enlisement et la cohésion
nationale à la division. L'Algérie, quant à elle, avait pris cet
engagement dès le début du conflit et appelé à une solution négociée
directement entre les Libyens, avec le soutien des organisations régionales
et de la communauté internationale.
Les propositions du Comité de Chefs d'Etat mandaté par l'Union africaine
offriront aux parties au conflit les moyens de faire aboutir les réformes
voulues dans le cadre d'un dialogue ouvert. Des points de convergence dans
les positions exprimées seront pris en considération dans les efforts du
Comité qui demeure mobilisé pour favoriser une issue heureuse à ce drame.
La crise en Libye préoccupe l'Algérie à plus d'un titre. C'est, d'abord,
un pays voisin dont la stabilité a un impact direct sur l'évolution de la
question sécuritaire dans toute la région, y compris à nos frontières.
C'est, ensuite, un pays qui partage une proximité avec la région du Sahel
où activent toujours des groupes terroristes et des réseaux du crime
organisé. Le redéploiement de l'armée libyenne a donné aux organisations
du crime des possibilités d'infiltration et de récupération d'armes
sophistiquées dont des missiles de longue portée qui représentent une réelle
menace à la paix et à la sécurité des pays du voisinage.
Cette préoccupation, du reste partagée et avérée, nous interpelle et préoccupe.
L'Algérie à tiré la sonnette d'alarme et ne ménagera aucun effort pour
assumer ses responsabilités. La région du Sahel est encore fragile. La
coopération organisée par les pays voisins et les structures mises en
place en commun devaient renforcer nos capacités opérationnelles afin de
mettre hors d'état de nuire les terroristes qui écument nos frontières méridionales.
Dans le même contexte, L'Algérie souscrit aux dispositions des résolutions
1970 et 1973 du Conseil de sécurité. Elle s'y conforme scrupuleusement et
assume entièrement les obligations qui en découlent. En tant que pays
voisin, elle a veillé à sécuriser davantage ses frontières, à empêcher
toute infiltration ou trafic de tous genres qu'une situation de vide et
d'abandon pouvait générer. Elle continuera à jouer son rôle dans le
strict respect des recommandations du Conseil de sécurité et apportera sa
contribution dans l'intérêt bien compris de la Libye, celle de l'unité et
de la souveraineté de son peuple.
L'Algérie a, aussi, appelé au respect de la légalité en Côte d'Ivoire
et celle du suffrage souverain du peuple ivoirien en faveur du Président
Ouattara. Elle n'a eu de cesse d'appeler à une issue politique négociée
afin de permettre à la Côte d'Ivoire de poursuivre l'œuvre de développement
tout comme elle salue le projet de réconciliation que le Président
Ouattara compte mettre en œuvre afin d'unifier le pays et panser les
blessures de son peuple.
Soucieuse de conforter la stabilité et la sécurité sur le continent
africain et dans le monde arabe, l'Algérie continuera d'assumer ses
obligations de solidarité et d'entraide avec les peuples frères et amis et
de privilégier les voies du dialogue et de la concertation pour renforcer
la cohésion et la concorde et soutenir les efforts de développement et du
progrès social.
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