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Entretien
accordé par M. Mourad Medelci, ministre des Affaires étrangères au
quotidien l'expression le 24 mars 2011.
Monsieur
le Ministre, la Libye focalise l’actualité régionale et internationale.
En visite en Algérie, le Ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï
Lavrov, a fait part, mardi dernier, de ses craintes d’une recrudescence du
terrorisme, tout en jugeant excessives les frappes sur ce pays voisin.
L’Algérie partage-t-elle, Monsieur le Ministre, la même vision que la
Russie sur la situation en Libye?
L’Algérie s’est exprimée à maintes reprises, a travers des organes de
presse étrangers pour faire passer des messages à l’extérieur. Elle
s’est exprimée, également, à travers les organes de la presse
nationale, c’est pour cela que je suis heureux de vous recevoir,
aujourd’hui, pour continuer à apporter des éclaircissements.
J’ai mis la lumière sur le risque terroriste qui était lié aux événements
que nous constatons, malheureusement, en Libye. La situation dans ce pays se
caractérise d’une part, par une déliquescence du pouvoir, et par un
foisonnement d’armes dont l’utilisation est plus ou moins, incontrôlée.
L’Algérie a appelé à l’arrêt des hostilités. Avant même que la résolution
1973 n’ait été prise, nous avions condamné les hostilités tout en
demandant le cessez-le-feu entre Libyens d’abord.
Dans notre esprit, il n’existe pas de violences que nous devons gérer
différemment. C’est le même message appelant à l’arrêt des combats
qu’ils viennent des Libyens ou des étrangers que nous réitérons
aujourd’hui. Parce qu’il s’agit de nos frères et voisins avec
lesquels nous avons une histoire commune.
Le deuxième message ne concerne pas seulement la Libye mais il est valable
pour la sous-région. Nous avons dit à la communauté internationale:
faisons attention, si vous continuez ainsi, vous allez devoir gérer un
problème de recrudescence non pas du terrorisme, mais des capacités
offertes aux terroristes dont la nuisance va s’exprimer davantage. Notre
message est d’attirer l’attention sur les effets secondaires de ce
premier «séisme», car nous constatons que les Libyens sont en train de
s’entre-tuer. Il y a un second «séisme» qui risque de se préparer avec
le foisonnement d’armes dans la région.
A ce moment-là cela ne concernera pas seulement les Libyens, mais tous ses
pays voisins, plus particulièrement l’Algérie. Notre pays a vécu cela
dans sa chair. Dans son histoire. Elle sait que la vigilance, qu’elle a
toujours mis en avant, même lorsque nous avions le sentiment d’avoir
vaincu le terrorisme, restait toujours de mise.
Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons attirer l’attention de tous
les pays de la région et l’ensemble de la communauté internationale que
ce qui se passe en Libye peut être considéré comme une chance de plus que
nous donnons aux terroristes.
Cette situation va être, évidemment, exacerbée par l’intervention étrangère,
dans la mesure où elle va donner une validité au développement de
l’action terroriste sur le plan idéologique. C’est ce message que nous
avons donné, hier, lors de la conférence de presse conjointe avec le
ministre russe, M.Lavrov. La position russe est la même que la nôtre et
beaucoup de pays influents la partagent.
La position de l’Algérie a été jugée ambiguë concernant la décision
de la Ligue arabe au point où il a été dit que nous étions en retard par
rapport à d’autres pays, notamment les puissances occidentales.
Pourriez-vous, Monsieur le Ministre, nous donner une explication?
L’intention de départ qu’elle ait été portée par les pays arabes ou
par d’autres était d’apporter une sécurité supplémentaire aux
Libyens dont certains ont fait l’objet de violences de la part d’autres
Libyens. Cette situation a créé une émotion dans la région et dans le
monde.
Cette émotion a pu être gérée de plusieurs manières. Les pays du Golfe
ont jugé que la situation était suffisamment grave et qu’il faut aller
vers le Conseil de sécurité. Ils ont pris cette décision au niveau du
Conseil du Golfe. Ils ont souhaité, par la suite, la partager avec les pays
arabes tout en sachant qu’ils étaient alignés bien entendu sur la même
position.
Lors de la réunion du 12 mars de la Ligue arabe, l’Algérie a apporté sa
contribution au débat. Je l’ai expliqué dans ma conférence de presse de
mardi dernier et je voudrais me répéter aujourd’hui de manière très
claire. D’abord, nous étions conscients en arrivant à cette réunion
qu’on allait nous demander d’apporter une caution à la démarche de la
création d’une zone d’exclusion aérienne. C’est la raison pour
laquelle nous nous sommes préparés d’une manière exceptionnelle.
Nous avons informé l’opinion de notre position avant même la fin de
cette réunion, et ce, par le biais d’une dépêche APS. Premièrement,
nous avons exprimé notre souhait de voir s’arrêter les hostilités le
plus rapidement possible.
Deuxièmement, avant d’aller à la saisine du Conseil de sécurité, il
fallait envoyer une commission d’enquête en Libye pour que nous
puissions, à l’occasion d’autres réunions des ministres arabes, être
informés de manière contradictoire de ce qui se passe réellement dans ce
pays.
Malheureusement, de Libye parvenaient des informations qui se
contredisaient. Nous avions demandé - et ceci avant de délivrer un
quelconque message au Conseil de sécurité- une concertation préalable
entre la Ligue arabe et l’Union africaine.
Sur ces deux points, nous n’avons pas été suivis. Par contre, nous avons
été suivis sur trois autres points. Le premier est celui qui insistait sur
le caractère préventif de la création d’une zone d’exclusion aérienne.
Nous avons, également, demandé que le mandat soit limité dans le temps,
ce qui a été accepté. Ceci est clairement mentionné - à notre demande-
dans la lettre envoyée au secrétaire général de l’ONU. Le troisième
point, qui a été mentionné dans la décision, est celui du respect de
l’intégrité territoriale et de la souveraineté des pays voisins. La
position de l’Algérie avait été présentée par moi-même à
l’ouverture des travaux et donc c’est ce que le bureau du conseil considère
comme étant l’expression de la position officielle de l’Algérie.
Formellement, nous n’avons pas exprimé des réserves, mais notre position
a été consignée de manière formelle comme je viens de le souligner.
Monsieur le Ministre, quelles sont les dispositifs pris par l’Algérie
pour assurer la sécurité de ses frontières? Comment appréhendez-vous,
Monsieur le Ministre, la succession des événements sur le plan de la sécurité
nationale et internationale?
Nos frontières n’ont pas attendu ce jour pour être sécurisées. Devant
un risque, des dispositifs sont pris en fonction des situations. Il s’agit
de prendre des dispositions, prises en pareil cas par toutes les armées y
compris la nôtre. Le problème de la sécurité ne concerne pas seulement
la Défense nationale, mais aussi, d’autres institutions.
Laissons le soin à ceux qui en ont la charge d’avoir leurs propres appréciations
et de le dire le moment venu. Nos institutions, en particulier notre Armée
nationale, a intégré ce risque-là. On en a tiré probablement les conséquences.
Je ne peux pas vous en parler aujourd’hui. Le problème de la sécurité
n’est pas seulement de renforcer les dispositifs sécuritaires, mais de prévenir
le risque. La prévention du risque nous ramène au volet politique du problème
dont nous discutons.
Pensez-vous, Monsieur le Ministre, que le passage du commandement à
l’Otan va t-il changer la donne?
C’est un problème dont il faut parler de manière sereine. Les décisions
comme celles de la résolution 1973, sont des décisions exceptionnelles.
Malheureusement, cette résolution ne s’est peut-être pas suffisamment
appuyée sur les précédentes expériences de même nature. Pourquoi? On
est parti sur l’objectif de protéger les civils. Un objectif très noble.
Pour cela l’idée était qu’il fallait fermer le ciel. Mais on n’a pas
continué le processus de réflexion pour dire, concrètement ce qu’il
fallait faire pour mettre en place cette exclusion aérienne. On a, encore
moins dit, qui devait s’en occuper. Cela veut dire qu’il y a eu une
sorte de touiza, sans chef d’orchestre. C’est une course, peut- être,
à celui qui ira le plus vite et sera le plus fort. J’ajoute que des
annonces sont faites par des responsables influents aux Etats Unis pour dire
qu’on va réduire les rythmes des frappes.
Depuis le début de la crise libyenne, l’Algérie a été accusée par
certains milieux d’aider les forces gouvernementales libyennes. Une
information que vous avez tenu à démentir. Pensez-vous l’avoir fait
assez fort pour éviter que des parties libyennes ne puissent nous en faire
le reproche à l’avenir?
En termes de communication, je dis que ce que nous avons fait, nous
l’avons fait très rapidement. Je vais ajouter que la source de
l’information au départ, je ne parle pas des relais, était proche du
Conseil national de transition. Elle a été relayée par des canaux que
vous avez la pudeur de ne pas mentionner et que je ne mentionnerai pas, mais
vous savez de qui je parle. Il se trouve, après, que c’est la même
source, à un niveau plus élevé, du point de vue de la hiérarchie,
puisque c’est le président du même conseil, qui a démenti. Alors,
est-ce que je dois continuer à répéter la même chose pour faire de la
publicité à ceux qui sont en train de nous mettre le couteau dans le dos?
L’Algérie a abrité des révolutionnaires. Elle n’a de leçons à
recevoir de personne sur ce plan. L’Algérie a abrité, il y a à peine 10
jours, une réunion sur le problème du mercenariat. Savez-vous qu’il y a
une convention africaine de lutte contre le mercenariat? Cette convention
existe et nous en sommes membres. Les conditions de lutte contre le
mercenariat constituent un objectif constant. La dernière réunion du comité
qui travaille sous l’égide de l’Union africaine sur ces questions,
s’est tenue, il y a quelques jours à Alger. L’Algérie a réaffirmé sa
volonté de lutter contre le mercenariat et non pas celle de l’utiliser
pour aller attaquer un pays voisin.
Maintenant, lorsque le voile tombera sur les intentions de ceux qui ont
nourri ces informations, à ce moment-là, on pourra reprendre la
communication sous un autre angle.
L’aide militaire apportée par l’Arabie Saoudite au Bahreïn pour réprimer
les manifestations n’a suscité aucune condamnation ni réaction
internationale. Mais, la communauté internationale s’est mobilisée
contre la Libye. Comment expliquez-vous, Monsieur le Ministre, cette
politique du deux poids, deux mesures?
D’abord, si les réactions n’ont pas été enregistrées jusque-là,
cela ne veut pas dire qu’elles ne le seront pas plus tard. Parce que les
choses, malheureusement, évoluent au Bahreïn et au Yémen. Entre les pays
du Golfe, existent des systèmes de partenariat qui portent non seulement
sur les questions économiques et sociales, mais aussi sur les questions sécuritaires.
Le Bahreïn et l’Arabie Saoudite ont un accord dans ce cadre. Les autorités
de Bahreïn ont mis en avant le fait que les forces des pays voisins n’ont
pas été chargés d’encadrer le mouvement de protestation. Ils ont utilisé
les forces étrangères pour remplacer les forces bahreïnies qui étaient
en charge de la surveillance d’un certain nombre d’institutions et pour
libérer ces mêmes forces qui s’occupent des manifestations.
La Ligue arabe est politiquement impuissante, comparativement à l’UE
et autres organisations similaires. Quelle impulsion lui donner pour en
faire un véritable instrument de développement du Monde arabe? L’Algérie
a, dans son temps, préconisé des réformes. Qu’en est-il aujourd’hui?
Confirmez-vous la candidature de l’Algérie au poste du secrétariat général?
Je réaffirme que l’Algérie n’a pas de candidat et elle n’aura pas de
candidat à ce poste. Cela ne veut pas dire qu’on est contre la rotation.
La rotation est un principe qui permet à un pays autre que l’Egypte de
proposer un candidat. Même l’Egypte peut proposer un autre candidat. Sur
le principe de la rotation, l’Algérie est toujours pour. Elle est partie
prenante dans ce principe. Pour le bilan de la Ligue arabe, la réponse ne
peut pas être catégorique. Dans certains vecteurs, il y a eu des avancées,
par contre il n’y en a pas eu dans d’autres. Je voudrais parler de deux
vecteurs en particulier. Sur le plan économique et social, il y a eu des
avancés entre les pays arabes. La prise de conscience des capacités de
coopération au niveau économique et social constitue une des avancées de
l’action commune arabe.
Le sommet du Koweït et de Charm El Cheikh nous installent dans une démarche
qui nous paraît extrêmement importante de consolidation de la coopération
dans la sphère économique, financière, commerciale, technologique...Sur
la résolution des grands problèmes, la question palestinienne et la
situation au Moyen-Orient, nous n’avons pas fait suffisamment d’avancées.
La Ligue arabe ne peut pas régler ces questions toute seule. Elles sont
tellement complexes qu’en plus de la Ligue arabe, elles sont également
traitées par les Nations unies.
Si maintenant, on dit que la Ligue arabe a échoué sur la question du
Moyen-Orient, c’est toute la communauté internationale qui a échoué. Ce
qui s’est passé ces dernières semaines dans beaucoup de pays arabes, a
mis en relief la faiblesse de cette Ligue. Elle n’a pas donné
suffisamment d’importance à un certain nombre d’institutions. Le
Conseil «paix et sécurité» existe structurellement dans la Ligue, mais
il y a un certain nombre de pays, relativement restreint, où il n’y a pas
de programme. Nous sommes en train de revisiter le système pour pouvoir le
réformer. L’une de nos priorités, est de parvenir à un consensus sur la
possibilité de doter la Ligue arabe d’un Conseil paix-sécurité qui soit
à l’image de celui qui fonctionne au niveau de l’Union africaine.
En 2005, l’Algérie a donné l’occasion de démarrer un processus de réforme
pour rendre le fonctionnement de la Ligue plus démocratique. C’est à
Alger que l’idée d’un Parlement arabe est née, donc, nous sommes en
train de vivre les premières étapes de la constitution d’un Parlement.
Pour l’instant il est désigné, mais il sera, à terme, élu. C’est un
processus un peu long. Il me semble que ce que nous avons vécu dans
certains pays de la Ligue arabe, nous donne l’occasion sereinement de
revenir sur notre action afin de l’améliorer et de la préciser. C’est
une bonne opportunité et j’espère que dans les prochains mois qui
viendront, nous aurons la possibilité de tirer les leçons de ce qui
s’est passé dans un certain nombre de pays de la Ligue et de mettre au
service de chaque pays une Ligue arabe plus efficace, plus démocratique et
plus crédible.
Ouvrons le dossier des relations algéro-tunisiennes, si vous le
permettez Monsieur le ministre. Outre l’aide financière accordée par
l’Algérie à ce pays voisin, quelles sont les autres aides formulées par
ce pays frère, -qui a toujours soutenu l’Algérie-, eu égard aux
difficultés auxquelles il fait face présentement?
D’abord les Tunisiens sont nos frères et nos partageons avec eux des
valeurs. Ce ne sont pas des gens qui demandent. Nous n’avons pas pour
mentalité d’attendre que je les gens demandent pour faire ce qui est
notre devoir. Lorsque des flux migratoires ont eu lieu en Libye, nous avons
apporté notre contribution et nous continuons à l’apporter pour que la
Tunisie, dans ces circonstances particulièrement difficiles pour elle,
puisse gérer le flux d’immigré de manière un peu plus solidaire avec
une situation économique difficile. Il ne faut pas voir ces aides financières,
en isolant les autres initiatives que nous prenons et qui relèvent d’une
volonté réelle d’avoir avec la Tunisie, la Libye et l’Egypte,
aujourd’hui et demain des relations aussi fortes que celles d’avant.
C’est cette volonté de maintenir avec chacun de ces pays la coopération
la plus forte qui expliquera tout le reste. Notre solidarité avec la
Tunisie est une solidarité active.
Les échanges de visites officielles entre ministres algériens et
marocains ont été annoncés. Va-t-on vers une normalisation qui inclut la
réouverture des frontières terrestres?
Quand on parle de normalisation des relations, je crois que les échanges de
visites bilatérales au niveau ministériel, vont dans le sens de la
consolidation du processus de normalisation, c’est clair. Ces dernières
années, les ministres marocains venaient souvent en Algérie pour des réunions
multilatérales. C’était le cas, aussi, pour les ministres algériens qui
se rendaient au Maroc. Cet échange de visites ministérielles au niveau
bilatéral témoigne d’une volonté d’améliorer nos relations avec ce
pays frère. Ce qui n’était, il y a à peine trois mois, qu’une déclaration,
vous l’avez constaté, est maintenant réel. Dans quelques jours, nous
allons recevoir le ministre marocain de la Jeunesse et des Sports. Nous
sommes entrain de mettre au point un calendrier concernant les secteurs de
l’éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de
l’agriculture. Est-ce qu’il faut dire que cette série de mesures vise
à ouvrir les frontières? Bien sûr que non. Cela aura peut-être un effet.
Pour l’instant, on ne demande pas à ces ministres de travailler dans ce
sens-là. Nous n’avons pas mandaté les ministres pour travailler sur la
question de la frontière. Ils ont mandat pour développer des relations de
coopération sectorielles, dans le domaine de l’eau, de l’électricité,
du sport...etc. Ce sont des mesures politiques de grandes envergures qui
pourraient nous permettre de résoudre tous les autres problèmes. La frontière
ne peut pas être fermée tout le temps. Il faudra bien que nous réunissions,
des deux côtés, les éléments nécessaires tant au plan politique que sécuritaire
et économique qui pourraient justifier la ré-ouverture des frontières.
Quand nous avons décidé de promouvoir nos relations au niveau ministériel,
nous avons pris acte, des deux cotés, que cela ne signifie pas que ces
visites ministérielles devaient avoir un effet sur notre façon de voir le
problème du Sahara occidental. Cette question est gérée à part par
l’instance onusienne.
Parlons, Monsieur le Ministre, des relations algéro-françaises. Paris
semble apprécier le volet commercial et économique de ses relations avec
l’Algérie, mais affiche une nette réserve pour ce qui est des rapports
politiques. Qu’en est-il au juste?
C’est nous qui avons passé un message, non seulement à la France, mais
également à l’Europe, à savoir que l’Algérie veut avoir plus
d’investissements en retour. Parmi les partenaires les plus forts au sein
de l’Union européenne, le message a été entendu par le partenaire français.
Pour l’Algérie diversifier son économie, ce n’est pas seulement un
objectif économique, mais aussi politique. Concernant, les relations
politiques entre les deux pays, je dirais qu’elles ont été polluées par
plusieurs problèmes, comme l’ancienne affaire du diplomate Hasseni,
l’affaire des moines de Tibhirine et puis la question de la mémoire. Pour
ce qui est de Hasseni, le problème est réglé. Pour le problème de
Tibhirine, on a laissé supposer que l’Algérie était responsable de la
mort des moines. Ces deux volets qui ont un peu masqué les choses se sont réglés.
Ils se sont règlés par le retour à la vérité. Cette vérité qui, du
coté français, ne voulait pas être reconnue. Cette vérité qui est
reconnue aujourd’hui par la justice française et par un témoin vivant et
conscient pour ce qui est de l’affaire de Tibhirine. Ce sont deux dossiers
où, encore une fois, l’Algérie était du côté de la vérité. Il est
bien, politiquement, de le reconnaître. Je crois que c’est bien qu’on
ait pu régler ces problèmes, mais c’est mieux de les reconnaître comme
autant d’erreurs à l’endroit d’une Algérie qui a suffisamment
accumulé les mauvaises grâces d’un partenaire historique comme la
France. Enfin il y a le problème de la mémoire qui reste posée entre
nous. Sur le plan politique, on a, évidemment, des divergences sur
certaines questions et moins sur d’autres.
La France souhaite jouer la figure de proue dans les sanctions
internationales infligées contre la Libye. Le discours du président français
ne cache-t-il pas une certaine stratégie visant à faire pression sur la région?
Chacun est responsable de ses propos. Je n’ai pas de commentaire à faire
à ce sujet. Mais, je dirais que je n’accepterai pas qu’un pays se donne
l’autorisation d’exprimer les points de vue sur la manière de gérer
par les Algériens leurs problèmes.
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