Intervention de M. Mohammed BEDJAOUI, Ministre
d’Etat, Ministre des Affaires Etrangères
devant la conférence régionale africaine de haut niveau sur :
« la contribution de l’énergie nucléaire à la paix et au développement
durable ».
Excellences,
Mesdames et Messieurs les Ministres et Chefs de délégation,
Honorables délégués,
Mesdames, Messieurs,
L'organisation, en collaboration avec l'AIEA, de cette Conférence
africaine, la première du genre, est un témoignage fort de
l'engagement résolu de l'Afrique d'une part en faveur de l'œuvre de
désarmement et d'autre part de son attachement à son droit légitime
d'accéder à l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins
pacifiques. C'est aussi l'expression éloquente de l'engagement de l'AlEA,
qui s'est vue décernée en 2005 la haute distinction du Prix Nobel de
la Paix, à apporter, à travers des programmes de coopération
concrets, sa contribution en Afrique à la promotion de l'énergie
nucléaire au service de la paix et du développement durable.
Veuillez me permettre de vous renouveler nos souhaits de bienvenue en
Algérie et de vous dire combien notre pays s'honore d'abriter cette
première Conférence régionale africaine de haut niveau sur la
contribution de l'énergie nucléaire à la paix et au développement
durable.
Cette manifestation continentale qui constitue un temps fort dans
l'histoire des relations de l'Afrique avec l'AlEA est à la fois
pertinente par le thème retenu et opportune par le moment choisi pour
sa tenue. Elle intervient, en effet, à quelques jours seulement du
Sommet de l'Union africaine d'Addis-Abeba, qui sera précisément
consacré au thème de "la science et la technologie au service
du développement socio-économique".
C'est dans cet esprit que nous comptons inscrire nos délibérations
pour parvenir à des recommandations qui constitueront une
contribution de qualité pour le Sommet africain.L'organisation de nos
travaux, aussi bien en plénière qu'au sein des trois ateliers, répond
essentiellement à cet objectif et traduit notre préoccupation
commune de mettre l'énergie nucléaire au service de la promotion de
la paix et du développement durable dans le continent africain. Notre
conférence, comme le montre le programme de travail que nous venons
d'adopter, s'articule autour de trois grands axes qui constituent
chacun le thème d'un atelier.
Le premier traitera du problème du désarmement et de la non prolifération
et de la manière de concilier les impératifs de sécurité avec le
libre accès à la technologie nucléaire à des fins pacifiques.
Le deuxième atelier sera consacré à l'examen des applications nucléaires
non énergétiques pour le développement durable en Afrique,
notamment dans les domaines de la santé humaine, de l'agriculture et
de l'industrie agro-alimentaire et des ressources en eau.
Le troisième et dernier atelier examinera la question des
applications nucléaires énergétiques, en particulier, l'électronucléaire,
le dessalement nucléaire et l'épineux problème des déchets
radioactifs.
C'est l'ensemble de ces aspects que nos assises tenteront de cerner
durant les deux jours de débats et d'échanges qui seront, j'en suis
persuadé, fructueux.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Nous vivons en ce début de siècle et de millénaire, une évolution
majeure du contexte énergétique, où les ressources d'origine
fossile ne permettent plus de répondre indéfiniment aux besoins énergétiques
de la planète.
Face à une croissance démographique encore forte à l'échelle
mondiale et aux exigences de développement économique de plus en
plus grandes qui engendrent, à leur tour, une croissance durable des
besoins énergétiques, il convient impérativement de trouver des
modes de substitution qui permettent de diversifier les sources
d'approvisionnement en énergie. L'énergie nucléaire répond à un
besoin essentiel pour l'environnement et doit être utilisée comme un
puissant atout dans le cadre de la stratégie mondiale pour une
production d'énergie propre et durable.
A l'heure où le développement ne peut se soustraire aux impératifs
écologiques visant la sauvegarde de notre écosystème si nécessaire
à la vie, l'énergie nucléaire constitue l'alternative aux énergies
fossiles polluantes et coûteuses. L'énergie nucléaire est devenue
une option particulièrement privilégiée et suscite, depuis quelques
années, un regain d'intérêt sans précédent, motivé par une préoccupation
majeure apparue au cours des dernières années qui est le réchauffement
climatique dû en particulier aux émissions de gaz à effet de serre
par les sources d'énergies fossiles.
Il est, cependant, un fait regrettable qui est le déséquilibre énergétique
mondial de plus en plus manifeste et la disponibilité d'énergie de
plus en plus inégale dans les pays développés et dans les pays en développement.
Quand on se rappelle les objectifs du millénaire pour le développement
que la communauté internationale s'était fixés il y a tout juste
six ans, tels que l'éradication de l'extrême pauvreté et de la
faim, l'accès à l'eau potable pour tous et l'amélioration des soins
de santé, on mesure toute la dépendance, pour la réalisation de ces
objectifs, à l'égard de l'énergie en général et de l'énergie électrique
en particulier.
Dans son effort de maîtrise de son destin inscrit comme priorité
dans le nouveau programme de partenariat NEPAD, l'Afrique doit également
s'approprier son développement dans le domaine de l'énergie nucléaire.
La réalisation d'un tel objectif passe nécessairement par
l'exploitation des ses propres ressources naturelles pour son propre développement
et exige aussi que ses propres ressources humaines soient formées
pour affronter ces nouveaux défis. La contribution de la diaspora
africaine dans le monde à cet effort serait capitale.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Dans leur quasi totalité, les pays africains ont opté pour une
politique visant la préservation de la paix et de la sécurité
internationales et la promotion de la coopération internationale en
tant que facteur de développement économique et social. Ils se sont
résolument engagés en faveur d'un désarmement général et complet
sous un contrôle international strict et efficace qui permettrait d'éliminer
les risques liés à toutes les armes de destruction massive. Conformément
à cette option qui résulte d'un choix réfléchi, les pays africains
sont aujourd'hui, presque tous, parties à la majorité des
instruments juridiques internationaux de désarmement et de non-prolifération
dont ils s'attellent à promouvoir l'universalité.
Leur adhésion au traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP)
et au traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE)
ainsi que la soumission, sans exception aucune, de toutes leurs
installations nucléaires aux garanties de l'AlEA sont un témoignage
de cet engagement en faveur de la promotion de la paix et de la sécurité
internationales.
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De la même manière, l'élaboration du Traité de Pelindaba sur la création
d'une zone exempte d'armes nucléaires en Afrique, constitue un gage
supplémentaire de la détermination de l'Afrique à oeuvrer en faveur
du désarmement.
Je voudrais, à ce sujet, saisir l'occasion que m'offre cette tribune
pour réitérer l'appel déjà lancé aux pays frères africains qui
ne l'ont pas encore fait, de ratifier le traité de Pelindaba et de
compléter les ratifications requises pour son entrée en vigueur,
pour parachever ainsi l'œuvre de faire de notre contient le premier
continent dénucléarisé, en espérant que d'autres le suivront.
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La non prolifération, qui constitue un des trois piliers fondamentaux
sur lesquels repose le TNP, ne devrait pas dispenser les Etats nucléaires
d'assumer les obligations qui leur incombent aux termes du même Traité,
ni priver ceux des Etats qui ont souverainement renoncé à l'option
nucléaire militaire du droit de bénéficier du libre accès à l'énergie
et à la technologie nucléaires à des fins pacifiques, garanti par
ce même Traité.
De la même manière, les efforts de la communauté internationale
dans le domaine du désarmement nucléaire ne devraient occulter
aucune dimension de la prolifération, qu'elle soit horizontale ou
verticale, ou considérer l'une plus dangereuse que l'autre.
Il est évident que, pris dans son acception la plus large, le TNP
repose sur trois piliers fondamentaux qui sont et devraient rester à
la fois complémentaires et indissociables et évoluer sans hiérarchisation.
Il s'agit d'une part du désarmement, d'autre part de la non prolifération
et enfin du libre accès garanti pour tous les Etats à l'énergie et
à la technologie nucléaire à des fins pacifiques. Dans la pratique
le premier palier, du reste le plus important, est le seul à n'avoir
pas enregistré de progrès et se trouve contrarié par un blocage des
organes multilatéraux chargés du désarmement nucléaire en raison
de l'intransigeance des Etats nucléaires et de l'absence d'une réelle
volonté à s'engager dans un processus de désarmement nucléaire véritable.
La paralysie dont souffre présentement et depuis plusieurs années la
Conférence du désarmement de Genève, pourtant proclamée unique
organe multilatéral de négociations en la matière, est révélatrice
de cet état de fait. L'engagement pris de lancer des négociations
sur une convention non discriminatoire pour l'interdiction de la
production des matières fissiles à des fins de fabrication des armes
nucléaires, n'a toujours pas vu le jour plus de quinze ans après et
rien ne présage de leur lancement dans un avenir prévisible. La
dernière réalisation de la Conférence du désarmement, restée
inachevée faute de réunir le nombre des ratifications requises pour
son entrée en vigueur, est le Traité d'interdiction complète des
essais nucléaires.
La frustration de la communauté internationale devant l'absence de
progrès dans le domaine du désarmement nucléaire est d'autant plus
grande que les différentes Conférences d'examen et de révision du
TNP ont toutes connu le même sort et se sont soldées par un échec.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
La véritable menace qui pèse sur l'Afrique aujourd'hui,n'est pas l'œuvre
des armes de destruction massive, mais bel et bien celle d'une autre
nature d'armes, amplement plus dévastatrices. Ce sont la misère, la
famine, la pauvreté, la malnutrition, les maladies pandémiques, la sècheresse
et le non accès à l'eau potable.
A la solution de toutes ces déficiences, l'énergie nucléaire, à
travers ses différentes applications pacifiques énergétiques et non
énergétiques, peut apporter une contribution majeure et réduire
considérablement les souffrances qu'endurent au quotidien les
populations africaines.
C'est dire qu'en Afrique, la question de la paix ne peut être abordée
que de manière globale et sous l'angle du développement économique
et social et c'est dans ce cadre-là que l'apport de l'énergie nucléaire
peut se révéler déterminant dans les domaines de l'agriculture, de
la santé, des ressources en eau et de l'électricité.
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A cet égard, le rôle et la contribution de l'AlEA ne sont point à démontrer
encore. Par sa vocation, ses programmes et sa mission, l'AlEA a pris
une part active dans la réalisation des objectifs de sécurité
mondiale et a permis à de nombreux pays de tirer pleinement profit
des applications pacifiques de l'énergie nucléaire. C'est donc légitimement
que l'Afrique attend beaucoup d'elle.
L'attribution du Prix Nobel de la Paix, en 2005 à l'AlEA, est en soi
une reconnaissance de sa participation à rendre l'énergie nucléaire
de plus en plus largement accessible et à apporter une contribution réelle
à la paix et au développement durable dans le monde.
Je voudrais, dans ce contexte, saluer l'engagement soutenu de l'AlEA
et de son Directeur général pour les efforts déployés dans la mise
en œuvre du projet régional « Développement énergétique durable
en Afrique», ainsi que pour l'utilisation des modèles de
planification énergétique mis au point et pour l'établissement d'un
cadre de coopération privilégié avec l'AFREC. Je salue également
les efforts de l'Agence visant à aider les pays africains, à travers
le programme AFRA, à mettre au point un programme régional sur les
stratégies nationales de mise en valeur des ressources humaines, fondé
sur les recommandations issues de la réunion technique de haut niveau
tenue à Alger.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
L'agriculture, secteur demandeur d'énergie nucléaire, constitue un
domaine hautement prioritaire et stratégique dans le développement
de l'Afrique. Son poids prépondérant dans les économies africaines
contraste lourdement avec ses faibles performances. Il ne parvient
toujours pas à exploiter, d'une manière optimale, les ressources en
eau afin d'atténuer sa vulnérabilité et sa forte dépendance des aléas
climatiques. Les applications de la science et de la technologie lui
font cruellement défaut et demeurent aussi modestes
qu'insignifiantes.
C'est précisément pour prendre en charge ces faiblesses et leur
apporter les correctifs nécessaires que les pays africains se sont
employés à lancer une nouvelle stratégie pour le développement à
long terme de l'agriculture en Afrique et renforcer les capacités du
continent à réaliser les objectifs de réduction de la faim et de la
pauvreté, à travers l'application de la science et de la technologie
en particulier les applications nucléaires.
En Afrique, la pauvreté énergétique est un réel fléau dans
beaucoup de pays où des millions d'habitants n'ont pas accès à l'énergie
en dehors de la biomasse traditionnelle, souvent préjudiciable à
l'environnement.
La disponibilité des ressources en matière d'approvisionnement énergétique
à des prix accessibles constitue un véritable défi pour les pays en
développement, en particulier pour les pays africains. Ce défi
devient d'autant plus grand quand il s'agit de prendre en considération
l'importance des préoccupations économique, sociale et
environnementale du développement durable qui devront être intégrées
dans les choix en matière de production et d'utilisation de l'énergie
nucléaire.
En plus, l'acquisition de la technologie nucléaire pour le secteur énergétique
par le pays africains est confrontée au défi majeur de l'ampleur des
besoins en capitaux pour réaliser leurs projets.
S'agissant particulièrement de l'électronucléaire, la structure du
coût de production de l'électricité nucléaire donne un avantage
comparatif aux centrales nucléaires par rapport aux centrales
thermiques classiques. Cet avantage se trouve consolidé en terme de
longévité des équipements et renforce la compétitivité du nucléaire
face à ses concurrents. Aujourd'hui, l'intérêt pour l'électronucléaire
est de plus en plus croissant et se trouve envisagé comme une option
sérieuse dans beaucoup de pays.
Même si l'électronucléaire ne produit quasiment pas de gaz à effet
de serre et en dépit d'un régime de vérification de plus en plus
contraignant et intrusif, il continue de susciter des sentiments
d'inquiétude et de méfiance et des préoccupations concernant les
questions de sécurité et de gestion des déchets radioactifs.
Au chapitre social, les mesures destinées à préserver et à améliorer
l'infrastructure technique indispensable à l'exploitation de l'énergie
nucléaire, ont de nombreuses retombées positives sur la société.
L'énergie nucléaire contribue de manière décisive au développement
des techniques et des compétences qui ont, à leur tour, profité à
d'autres secteurs comme la médecine, l'industrie, la santé publique,
l'agriculture et les ressources en eau et, par voie de conséquence,
la société dans son ensemble.
Excellences Mesdames et Messieurs,
Notre coopération avec l'Agence internationale de l'énergie atomique
doit rester un partenariat véritablement stratégique de lutte contre
la pauvreté par le soutien au développement socioéconomique
durable.
L'apport de l'AlEA dans le renforcement du volet de la coopération
technique et son rôle dans le transfert vers certains pays africains
de techniques nucléaires à vocation pacifique, a permis à ces pays
de constituer des capacités appréciables.
Je voudrais conclure en formant le vœu que l'étape d'Alger marque le
début de la conquête de l'Atome en Afrique au service de la paix et
du développement durable. Oeuvrons ensemble pour que ce vœu puisse
se concrétiser pour le plus grand bien des générations futures
africaines pour que soient bannis, à jamais, la pauvreté, le sida et
autres pandémies qui frappent si durement le continent africain.
Je vous remercie.