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Allocution
du Président de la République à l'ouverture de la Conférence Régionale
Africaine de haut niveau sur le thème " Énergie nucléaire:
contribution à la paix et au développement durable"
Alger,
le 9 janvier 2007
Excellences,
Mesdames,
Messieurs,
La
tenue, à Alger, d’une conférence régionale africaine de haut niveau sur
le thème « Énergie nucléaire : contribution à la paix et au développement
durable » est un événement d’une grande signification et d’une vaste
portée. Il l’est tant pour l’Algérie et l’Afrique que pour la
Communauté internationale dans son ensemble.
L’importance
de cette première conférence régionale africaine, et du thème auquel
elle est consacrée, est rehaussée par la participation de personnalités
scientifiques et gouvernementales éminentes ainsi que par celle de hautes
personnalités dirigeantes d’Organisations internationales.
En
souhaitant une chaleureuse bienvenue à tous les participants, je voudrais
relever, pour m’en réjouir, la présence parmi nous des représentants de
la Commission de l’Union Africaine, qui projette, avec conviction, la
vision ambitieuse d’une Afrique mettant au service de son développement
les ressources inépuisables du génie de ses peuples et de celui de ses élites.
Je
tiens, également, à saluer le Dr Mohammed El Baradei, Directeur général
de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique, pour son engagement
personnel, et celui de l’Agence, en faveur des utilisations pacifiques de
l’atome, engagement que le Prix Nobel de la Paix pour l’année 2005 a si
opportunément récompensé.
M.
El Baradei et l’Agence qu’il dirige ont apporté un soutien multiforme
à la réunion des conditions de succès de cette conférence qui leur
valent, à bon droit, la haute appréciation de tous les participants et
celle de l’Algérie.
Il
est heureux, pour l’œuvre salutaire de raccourcissement du chemin vers le
développement que l’Afrique se doit de réaliser, que les utilisations
pacifiques de l’atome puissent être mises à contribution et que la
communauté scientifique africaine soit mise en mesure d’assumer un rôle
décisif à cet égard. Les membres de cette communauté, et en particulier
ceux qui sont dans cette salle, sont les dignes artisans d’un éveil de
l’Afrique à l’acquisition des leviers de sa prise de participation
effective à la prodigieuse maîtrise de la nature par les sciences et les
technologies.
Que
leurs consœurs et confrères non-africains qui ont accepté de venir
partager avec eux leur savoir et leur expérience trouvent ici la
reconnaissance et l’hommage qui leur sont dus pour leur apport au succès
de ce grand dessein.
Excellences,
Mesdames,
Messieurs,
Cette
première conférence régionale africaine sur la contribution de l’énergie
nucléaire à la paix et au développement durable se tient dans un contexte
particulièrement approprié.
A
l’échelle africaine, elle prépare le prochain Sommet de
l’Union Africaine qui pourra s’en inspirer dans les délibérations
qu’il consacrera à la science et à la technologie au service du développement.
Cette
conférence se tient sous l’éclairage des défis majeurs que
posent les problématiques inter-reliées de la sécurité
énergétique, des changements climatiques et de la préservation des
ressources naturelles ainsi que du défi essentiel de la non-prolifération
des armes nucléaires, à un moment où l’énergie nucléaire s’affirme
comme alternative propre, durable et économiquement viable aux énergies
fossiles. A ce titre, vos assises contribueront aux nécessaires
clarifications qu’appellent les grandes articulations entre les facteurs
de politique internationale, les enjeux de l’économie mondiale et les
données géostratégiques sur une scène internationale aux équilibres
instables.
Cette
conférence offre aux responsables et aux experts africains un cadre adéquat
pour se pencher sur les bénéfices propres à ce domaine scientifique
d'excellence qu'est l’atome en vue de la formulation de propositions
couvrant un large spectre de secteurs incluant, notamment, les sciences de
base, l'ingénierie et la recherche-développement.
D’évidence,
l’Afrique doit et peut promouvoir l'acquisition des connaissances
scientifiques et se doter des infrastructures nécessaires aux utilisations
pacifiques de l’énergie nucléaire dans des domaines aussi importants que
la mise en valeur du secteur agricole, la valorisation des ressources en eau
et l'amélioration des services de santé ainsi qu’en matière de préservation
des ressources naturelles, voire même dans la production d’électricité.
Dans cette perspective, ce sont les applications nucléaires non-énergétiques
qui s’imposent, pour l’Afrique, comme autant d’options de base, nécessitant
des installations relativement modestes et un savoir-faire accessible.
L'un
des objectifs de cette conférence est précisément d’encourager les pays
africains à améliorer leurs capacités pour tirer profit des progrès
scientifiques et technologiques enregistrés dans le domaine nucléaire,
ainsi que des programmes de coopération technique de l'AIEA tendant à la
promotion du rôle des sciences et de la technologie nucléaires en appui à
la paix, à la santé et à la prospérité de nos populations, tous
objectifs qui sont au cœur des projets de développement des pays
africains.
Ces
applications ne sont pas hors de la portée des pays en développement et ne
doivent pas constituer un privilège dont ne bénéficieraient que les pays
dotés de bases industrielles et technologiques importantes.
Dans
le même temps, ces applications ont vocation à prendre en charge de
nombreux besoins avérés de l’Afrique. En effet et au titre de la santé
humaine, les applications non-énergétiques couvrent la cancérothérapie,
le diagnostic des maladies infectieuses, comme la tuberculose et la malaria,
la lutte contre la mouche tsé-tsé par le recours à la technique de
l'insecte stérile, la détection des souches résistantes aux médicaments,
la stérilisation des produits médicaux, et l'évaluation des programmes
d'intervention sur la nutrition.
Les
applications relatives au domaine de l'alimentation et de l'agriculture
permettent le développement de nouvelles variétés végétales, la
conservation des produits agricoles, la protection des palmiers-dattiers
contre l’insecte El Bayoud la lutte pour l'éradication des ravageurs, y
compris le criquet pèlerin, la lutte contre les maladies animales ainsi que
l'amélioration de la productivité et de la production animales.
Les
applications nucléaires en matière de gestion des ressources en eau, pour
leur part, vont de l'établissement de la cartographie des eaux
souterraines, à l'évaluation de la qualité des eaux souterraines et, à
la sûreté des barrages. Tandis qu’en ce qui concerne la préservation
de l'environnement, ces applications favorisent, sur la base d'études de
polluants, la restauration de zones contaminées, la gestion de
l'environnement marin et des zones côtières.
Quant
aux applications nucléaires à l'industrie, qui font appel à l'utilisation
du traitement par irradiation, elles permettent le contrôle de la qualité
industrielle par les essais non destructifs, ainsi que la production de
radio-isotopes qui sont utilisés dans tant d’activités.
Excellences,
Mesdames,
Messieurs,
Le
monde d’aujourd’hui et de demain a de plus en plus besoins des
applications énergétiques pour la satisfaction d’une demande en
croissance continue nécessitant la mobilisation de différentes sources d'énergie.
Il
y a un regain perceptible d'intérêt pour l'énergie nucléaire et son
utilisation juste et démocratique à des fins exclusivement pacifiques, et
l’Agence Internationale de l’Energie atomique a capté cette tendance
lourde en mettant en valeur les avantages comparatifs et les perspectives
qu’elle comporte pour la satisfaction de besoins énergétiques
croissants, tout en respectant l'environnement et en favorisant le développement
durable.
A
cet égard, l'on notera l'intérêt que manifestent des pays africains
à des projets d'évaluation des besoins énergétiques et au recours
à l'électronucléaire, sur la base d'études de planification énergétique
et la mise en place de dispositifs réglementaires. Cette évolution des
priorités nationales de développement pose le postulat d'une mobilisation
accrue de capacités scientifiques, technologiques et industrielles qui
requièrent la disponibilité de ressources humaines hautement spécialisées.
A
ces fins, la coopération régionale et internationale s’impose pour
encourager et rentabiliser les efforts en vue de l’optimisation des acquis
et de la projection de nouvelles avancées. C’est le lieu, pour moi,
de saluer l'Accord de coopération régionale pour la promotion des sciences
nucléaires et de la technologie en Afrique « AFRA », qui bénéficie
du soutien de mon pays et dont les programmes mobilisent, pour leur réalisation,
une expertise remarquable de plusieurs pays africains dont l’Algérie.
Le
moment est venu d’harmoniser les démarches et d'œuvrer à l'émergence
de synergies entre le NEPAD et l'AFRA, ainsi qu'à l'établissement d'un réseau
régional destiné à appuyer et à renforcer la coopération et les échanges
intra-africains dans le domaine nucléaire.
L'Algérie
est engagée en faveur de l'amélioration de la coopération entre les pays
africains, persuadée qu'elle contribuera ainsi à donner une impulsion
nouvelle à la coopération Sud-Sud, qui demeure un levier pour le développement
et l’entraide dans des créneaux appelant des modes opératoires
novateurs.
Dans
ce contexte, il y a lieu de relever avec satisfaction les progrès enregistrés
dans le cadre des programmes de la coopération technique de l'AIEA avec les
États africains, en particulier l'adéquation de la majorité des projets
de coopération des pays africains avec les objectifs du NEPAD pour le
prochain cycle du programme de coopération de l'AIEA 2007-2008. De même
qu’est hautement appréciable la mise en œuvre, sur le terrain, du
programme technique opérationnel de l'Agence, en appui aux programmes
nationaux et régionaux ayant un lien avec le NEPAD.
Ainsi,
le NEPAD, qui est une philosophie du « compter-sur-soi » collectif
par lequel l’Afrique et ses partenaires internationaux entreprennent
d’aller vers le développement en articulant leurs efforts sur des
horizons lointains, trouve dans l’énergie nucléaire un vecteur naturel
pour la projection du continent dans une modernisation génératrice
d’effets amplificateurs d’efficacité et de productivité.
Il
est clair que des mesures d'accompagnement sont encore nécessaires pour améliorer
les capacités des pays africains à bénéficier pleinement de leur droit
au développement de l'énergie nucléaire. Si au plan national des efforts
accrus sont objectivement nécessaires pour valoriser les capacités
humaines et les infrastructures, la coopération internationale est
indispensable pour élargir la base scientifique et technique à l'échelle
du continent en vue d’en faire un outil efficace du développement.
A
cet égard, il importe d'œuvrer au renforcement des activités des Centre régionaux
d'excellence, en tant que fournisseurs de services et d'expertise, et à l'émergence
de nouveaux Centres, en particulier dans les domaines qui ne sont pas encore
couverts par de telles institutions, comme la médecine nucléaire et la
gestion des déchets.
Il
est important aussi que l'AIEA établisse un partenariat opérationnel avec
l'AFREC, la Commission de l'énergie de l'Union Africaine, basée à Alger,
afin d'appuyer les efforts des pays africains tendant à assurer leur sécurité
énergétique.
Excellences,
Mesdames,
Messieurs,
Avec
l’ensemble des pays africains, nous sommes conscients de la nécessité
d’un équilibre dynamique entre la promotion des utilisations pacifiques
de l’énergie nucléaire, la mise en œuvre de mesures strictes et
efficaces de sûreté et de sécurité nucléaires, et l’application
d’un régime de non-prolifération des armes nucléaires techniquement
performant et politiquement neutre.
Ces
pays, qui sont sensibles au plus haut point à la complexité de situations
conflictuelles mettant en cause des ruptures d’équilibre entre ces trois
composantes de la problématique nucléaire, ne peuvent en aucune manière
se résigner à la condition de « laissés-pour-compte » de la conquête
de l’atome et du bénéfice de ses bienfaits.
Ces
pays, dont l’adhésion massive au traité de non-prolifération des armes
nucléaires a considérablement rehaussé l’autorité et le rayonnement de
cet instrument juridique international, ne peuvent que s’émouvoir légitimement
d’interprétations unilatérales et de tentatives visant à favoriser une
érosion de leur droit à l’acquisition, sans discrimination aucune, des
technologies nucléaires à des fins de développement.
Les
pays africains ont bien conscience que leurs activités nucléaires doivent
obéir à des obligations et à des normes exigeantes en matière de sûreté
et de sécurité. Un surcroît d'efforts devra être consenti pour enraciner
une culture de la sûreté et de la sécurité chez tous les acteurs concernés
par le développement des activités nucléaires.
En
effet, l'Afrique a besoin de la coopération et de l'assistance technique
extérieure, et notamment de l'AIEA, pour renforcer les infrastructures
nationales de régulation et de contrôle des sources radioactives, et pour
promouvoir l'échange d'informations dans le domaine de la sécurité
radiologique et nucléaire. Une plus grande participation des experts
africains aux travaux de l'AIEA sur les normes de sûreté et de sécurité
revêt une importance cruciale. De même, l'établissement d'un forum régional
de sûreté et de sécurité nucléaires, pour contribuer à l'échange
d'expériences ainsi qu'à l'harmonisation des normes de sûreté
au niveau africain, doit pouvoir faire l’objet d’une attention toute
particulière.
Cette
conférence doit refléter les préoccupations grandissantes un peu partout
dans le monde en matière de prolifération nucléaire, en général, et en
ce qui concerne le risque que des armes nucléaires ou des sources
radioactives tombent aux mains de groupes terroristes ou autres acteurs non-étatiques.
Dans le même temps, une légitime préoccupation se développe dans les États
non dotés de l'arme nucléaire, face aux pressions exercées sur eux à
l’effet de contracter sans cesse de nouvelles obligations, au nom de la
non-prolifération, alors que les mesures concrètes de désarmement déjà
négociées et convenues, au niveau international, ne sont pas appliquées
et alors que les États dotés de l'arme nucléaire tardent à honorer leur
engagement à progresser de façon substantielle dans la réduction de leurs
arsenaux nucléaires.
Cette
asymétrie des situations face à l’atome, et la sophistication des
industries et des technologies dans de nombreux pays développés, rendent
pratiquement inaccessible l'acquisition d’équipements nucléaires tombant
parfois abusivement dans la catégorie extensible des technologies à double
usage. On comprend l’inquiétude des pays signataires du TNP qui se
trouvent dans la pratique privés du bénéfice de l’article IV qui leur
promet une aide effective pour pouvoir disposer de l’énergie nucléaire
pour des utilisations pacifiques.
Plus
que jamais, alors que des situations volatiles se développent et charrient
des tensions et conflits, la prochaine édition de la conférence d’examen
du Traité de non-prolifération des armes nucléaires doit, contrairement
à ses devancières, déboucher sur la réalisation de progrès
significatifs dans la mise en œuvre équilibrée et équitable du Traité,
afin d'enrayer les menaces et les risques qui pèsent sur la paix et la sécurité
internationales ainsi que sur le climat de la coopération pour
le développement durable. Dans ce même esprit, il est important et urgent,
s’agissant du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires,
d'accélérer le processus de ratification devant hâter l'entrée en
vigueur du Traité, afin de contribuer à un meilleur respect des principes
fondamentaux qui déterminent l'avenir de la sécurité mondiale en décourageant
la course aux armements dans ses dimensions tant horizontales que
verticales.
Excellences,
Mesdames,
Messieurs,
L’Afrique
mesure l’impact crucial du développement durable sur sa quête persévérante
d’une ère de progrès et de prospérité pour ses peuples. Elle œuvre à
promouvoir la paix et le développement sur l’ensemble du continent.
L’Afrique
a été pionnière dans le désarmement nucléaire, avec le démantèlement
effectif du programme nucléaire militaire sud-africain. Elle a élaboré et
conclu le Traité de PELINDABA qui érige le continent africain en zone
exempte d’armes nucléaires.
L’Afrique
a, aussi, été d’un apport important à l’universalisation du Traité
de non-prolifération des armes nucléaires. Elle contribue également à
l’élargissement des assises géopolitiques de la composition de l’Agence
Internationale de l’Énergie Atomique et du déploiement de ses missions.
L’Afrique
ne peut que soutenir vigoureusement l’établissement d’une zone exempte
d’armes nucléaires au Moyen-Orient.
Face
aux impasses du Moyen-Orient où les crises gagnent en acuité et en
complexité faute de solutions fondées sur la justice et conformes à la légalité
internationale, il est indispensable que le credo de l’ « atome
pour la paix », que le Président Eisenhower a popularisé, se
substitue définitivement aux doctrines suicidaires de « représailles
massives » et d’ « équilibre de la terreur » dans cette région névralgique
du monde, et partout ailleurs.
Un
penseur français a prédit il y a un peu plus d’un siècle que « La paix
universelle se réalisera un jour, non parce que les hommes deviendront
meilleurs …., mais parce qu’un nouvel ordre des choses, une science
nouvelle, de nouvelles nécessités économiques leur imposeront l’état
pacifique ».
Le
vingtième siècle n’a pas vu cette prémonition se réaliser, les
accalmies et répits n’ayant été qu’intervalles entre conflits armés
de toute nature, y compris celui qui porte le stigmate indélébile de
l’utilisation de l’arme nucléaire.
Le
vingt-et-unième siècle verra-t-il le comportement des hommes de
transformer radicalement pour permettre à l’ensemble de l’humanité de
jouir d’une paix et d’une prospérité universellement partagées ?
Je
souhaite que vos délibérations et vos recommandations soient animées de
cette espérance, et que cette conférence constituera un pas nouveau dans
la voie de la paix et du développement durable pour l’Afrique et pour
l’humanité tout entière.
Je
vous remercie.
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